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Fait Marquant : Un Code du Médicament « Spartiate » Qui Intrigue Plus Qu’il ne Rassure
Le 5 avril 2026, Le Desk publiait un article détaillant les contours du nouveau Code du médicament marocain, qualifié de réforme « qui se veut spartiate ». Cette expression révélatrice résume l’ambition gouvernementale : une refonte épurée, sans fioritures, centrée sur l’essentiel.
Mais quel est cet « essentiel » ? C’est là que le bât blesse. Alors que la profession officinale attend depuis des mois une clarification sur les grands enjeux — notamment la question de l’ouverture du capital des pharmacies, régulièrement agitée par le Conseil de la Concurrence — ce nouveau code demeure enveloppé de mystère.
Les détails publiés hier ne permettent pas encore de mesurer l’ampleur réelle des changements. Une réforme « spartiate » signifie-t-elle une simplification administrative bienvenue, ou un affaiblissement des protections du monopole pharmaceutique ? La question reste ouverte, et c’est précisément ce flou qui inquiète les pharmaciens d’officine.
Cette réforme intervient dans un contexte hautement sensible : après les recommandations du Conseil de la Concurrence en faveur d’une ouverture du capital, après le sit-in du 9 avril organisé par les syndicats de pharmaciens, le gouvernement doit clarifier sa position. Le nouveau Code du médicament est l’occasion rêvée. Mais pour l’instant, il ressemble davantage à une esquisse qu’à un blueprint.
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Décryptage : Ce que Cette Réforme Signifie (ou Pourrait Signifier) pour l’Officine
Une réforme « spartiate » du Code du médicament soulève plusieurs interprétations, toutes pertinentes pour la profession :
- Simplification administrative : Le gouvernement pourrait viser à réduire la bureaucratie, à accélérer les procédures d’AMM, à moderniser les processus. C’est une bonne nouvelle si elle allège le fardeau administratif sans compromettre les standards de qualité et de sécurité.
- Recentrage sur les enjeux majeurs : Une approche « spartiate » pourrait aussi signifier que le gouvernement abandonne certaines protections jugées « superflues » — notamment celles qui encadrent le monopole pharmaceutique. C’est le scénario que redoutent les pharmaciens.
- Modernisation numérique : Après les initiatives TARKHISS de l’AMMPS, le nouveau code pourrait intégrer davantage de digitalisation. Mais là encore, la question se pose : au service de qui ? Des officines, ou des nouveaux entrants potentiels ?
Le contexte politique est crucial. Le gouvernement Akhannouch, sous pression du Conseil de la Concurrence et des lobbies financiers, pourrait utiliser cette réforme comme cheval de Troie pour introduire l’ouverture du capital sans l’annoncer explicitement. Une réforme « spartiate » qui éliminerait les articles protégeant le monopole officinal serait catastrophique pour la profession.
À ce stade, aucun détail substantiel sur le contenu du nouveau Code du médicament n’a été rendu public. Les pharmaciens opèrent dans le brouillard. C’est inacceptable pour une réforme de cette envergure. La profession a le droit de connaître, avant l’adoption, les dispositions qui affecteront directement son exercice.
Les pharmaciens doivent exiger une consultation formelle, un débat public, et des garanties écrites sur le maintien du monopole pharmaceutique avant que ce code ne soit finalisé.
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En Bref : Les Autres Actualités du Jour
AMMPS : Mise en Garde sur les Produits Amaigrissants
Le 5 avril 2026, l’AMMPS a publié un communiqué d’alerte contre certains compléments alimentaires amaigrissants, relayé par SNRTnews. Cette action de pharmacovigilance est bienvenue, mais elle soulève une question : combien de ces produits non réglementés circulent dans les officines sans contrôle réel ? La parapharmacie reste un angle mort de la régulation marocaine.
Infrastructure de Santé : 1 400 Établissements Réhabilités
Le 6 avril 2026, Le Desk rapportait l’achèvement de la réhabilitation de 1 400 établissements de soins de santé primaires. C’est une bonne nouvelle pour l’accès aux soins, mais elle pose aussi une question : comment ces établissements s’articuleront-ils avec les officines ? Quelle sera la chaîne de distribution des médicaments ? Le nouveau Code du médicament devrait clarifier ces enjeux.
Recrutement : Bottu Cherche des Pharmaciens
Le 5 avril 2026, Dreamjob.ma signalait que Bottu, un opérateur pharmaceutique majeur, recrutait plusieurs profils dont des pharmaciens. C’est un indicateur de dynamisme du secteur, mais aussi de concentration : les grands groupes continuent de renforcer leurs positions. Où sont les initiatives en faveur des petites et moyennes officines indépendantes ?
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À Retenir : Les Points Clés de Cette Veille
- Nouveau Code du médicament en cours de finalisation : Une réforme qualifiée de « spartiate » dont les détails restent flous. Exigence absolue : transparence et consultation de la profession avant adoption.
- Risque d’instrumentalisation politique : Cette réforme pourrait servir de véhicule à l’ouverture du capital sans l’annoncer explicitement. Vigilance maximale requise.
- AMMPS active sur la pharmacovigilance : L’alerte sur les produits amaigrissants montre que l’agence fonctionne, mais elle doit étendre son contrôle à la parapharmacie non réglementée.
- Infrastructure de santé renforcée : 1 400 établissements réhabilités, mais sans clarté sur l’articulation avec les officines et la distribution de médicaments.
- Concentration du secteur : Les grands groupes (Bottu, etc.) continuent de recruter et de renforcer leurs positions. Les officines indépendantes doivent se mobiliser.
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Le Mot de la Rédaction : Exiger la Clarté, Refuser le Flou
Confrères pharmaciens,
Ce nouveau Code du médicament « spartiate » est un test. Un test de la capacité du gouvernement à protéger la profession officinale, ou à la sacrifier sur l’autel de la libéralisation économique.
Le flou qui entoure cette réforme n’est pas une coïncidence. C’est une stratégie. Quand on veut faire passer une mesure impopulaire, on la cache dans le jargon technique, on la noie dans des détails administratifs, on la présente comme une « modernisation » ou une « simplification ». Puis, une fois adoptée, il est trop tard pour revenir en arrière.
Nous avons vu ce scénario se jouer avec le Conseil de la Concurrence. Nous l’avons vu avec les recommandations en faveur de l’ouverture du capital. Nous ne devons pas le laisser se reproduire avec le Code du médicament.
Exigences de PharmAssiste :
- Publication immédiate du projet de Code du médicament, article par article, avec justifications.
- Consultation formelle des syndicats de pharmaciens, de l’Ordre des Pharmaciens, et des représentants des officines indépendantes.
- Débat public au Parlement, avec auditions d’experts et de professionnels.
- Garanties explicites sur le maintien du monopole pharmaceutique et la protection des officines indépendantes.
- Calendrier clair et transparent jusqu’à l’adoption finale.
Le sit-in du 9 avril n’était qu’un avertissement. Si le gouvernement persiste dans le flou et l’opacité, la profession devra intensifier sa mobilisation. Notre monopole, notre profession, notre avenir : ce ne sont pas des détails administratifs à négocier en coulisses.
Restez vigilants. Restez mobilisés. Et exigez des réponses claires.
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- Le Desk — Nouveau code du médicament : les détails d’une réforme qui se veut spartiate (5 avril 2026)
- SNRTnews — Produits amaigrissants : l’AMMPS met en garde contre certains compléments alimentaires (5 avril 2026)
- Le Desk — Réhabilitation achevée de 1 400 établissements de soins de santé primaires (6 avril 2026)
- Dreamjob.ma — Pharmacien, Manager, Opérateurs : Bottu recrute plusieurs profils (5 avril 2026)
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