Le Gouvernement Durcit le Contrôle des Médicaments
Confrères, le 20 mars 2026, le gouvernement marocain a franchi une étape décisive en imposant une déclaration annuelle obligatoire des importations de médicaments. Cette mesure, rapportée par Hespress, s’inscrit dans une logique de renforcement du contrôle sanitaire et de traçabilité des flux pharmaceutiques.
Concrètement, cela signifie que chaque importateur — qu’il soit grossiste, pharmacien ou distributeur — devra déclarer annuellement l’intégralité de ses importations. Un changement qui, s’il améliore la transparence, alourdit aussi les charges administratives de la profession. Cette déclaration vise à combattre les circuits parallèles, la contrefaçon et les détournements de médicaments vers des canaux non autorisés.
Mais attention : cette mesure intervient dans un contexte où les pharmaciens d’officine sont déjà fragilisés par une concurrence accrue et une marge brute comprimée. Le durcissement du contrôle, bien que justifié sur le plan sanitaire, ne doit pas devenir un outil de pénalisation supplémentaire pour les officines légales.
Trois Décrets Adoptés : La Modernisation Réglementaire Accélère
Le Conseil de gouvernement a adopté, le 20 mars 2026, trois projets de décrets relatifs au secteur de la santé, selon Panorapost. Ces textes visent à moderniser le cadre réglementaire pharmaceutique et sanitaire du Maroc.
Bien que les détails spécifiques de ces trois décrets ne soient pas encore publiquement détaillés, leur adoption simultanée suggère une volonté gouvernementale de réformer en profondeur plusieurs domaines : probablement la pharmacovigilance, la distribution des médicaments, et les conditions d’exercice des professionnels de santé.
Cette accélération législative dans le secteur sanitaire montre une détermination de l’exécutif à moderniser l’écosystème pharmaceutique. Mais elle pose aussi la question : ces réformes ont-elles été concertées avec les représentants de la profession ?
Rappelons-le : les pharmaciens d’officine réclament depuis des mois une vraie concertation avant l’adoption de mesures qui les affectent directement. Les grèves de 2025 et les négociations avec le ministère de la Santé ont mis en lumière ce déficit de dialogue.
Le Conseil de la Concurrence Remet à Nu les Déséquilibres du Secteur
Parallèlement, le Conseil de la concurrence a publié, le 20 mars 2026, un rapport cinglant sur l’état du secteur des pharmacies d’officine. Selon La Vérité, cette institution met en évidence les déséquilibres structurels du marché pharmaceutique marocain.
Le Conseil de la concurrence ne mâche pas ses mots : concentration monopolistique des grossistes, marges comprimées, barrières à l’entrée artificielles, et une distribution des médicaments qui ne répond plus aux standards de concurrence. Ces constats ne sont pas nouveaux, mais leur formalisation par une autorité officielle donne du poids à une critique que les pharmaciens portent depuis longtemps.
Nous le disons clairement : ce rapport du Conseil de la concurrence, en pointant les « inefficacités » du modèle officinal, pourrait être instrumentalisé pour justifier une libéralisation accrue — voire l’ouverture du capital des pharmacies à des investisseurs financiers. C’est un scénario que nous avons dénoncé à plusieurs reprises. Les vrais problèmes (marges écrasées, concentration des grossistes) ne se résolvent pas en cassant le monopole officinal, mais en régulant les intermédiaires.
Le Conseil de la concurrence aurait dû proposer des solutions ciblées : régulation des prix des grossistes, limitation de la concentration, amélioration de la transparence des circuits. Au lieu de cela, il ouvre la porte à des remises en question plus radicales du modèle.
En Bref : Les Autres Actualités du Jour
- Propriété intellectuelle : Le Maroc maintient sa première place en Afrique selon H24info (20 mars). Une bonne nouvelle pour les laboratoires pharmaceutiques marocains qui développent des innovations, mais qui soulève aussi la question : cette protection IP bénéficie-t-elle aux PME pharmaceutiques ou surtout aux grands groupes ?
- Vaccination : France 24 a publié un dossier sur la méningite B, ses modes de transmission et les vaccins disponibles (20 mars). Un rappel que la pharmacovigilance et l’information sur les vaccins restent des enjeux majeurs pour les officines.
A Retenir : Les Points Clés de Cette Semaine
- Déclaration annuelle des importations : Une nouvelle obligation administrative qui renforce la traçabilité mais alourdit les charges des importateurs et officines.
- Trois décrets sanitaires adoptés : Le gouvernement accélère les réformes réglementaires, mais sans concertation visible avec la profession. Vigilance requise sur leur contenu exact.
- Rapport du Conseil de la concurrence : Critique justifiée des déséquilibres du secteur, mais risque d’instrumentalisation pour justifier une libéralisation du capital des pharmacies.
- Absence de communication officielle : Aucun communiqué de l’Ordre des pharmaciens ou du ministère de la Santé n’a accompagné ces annonces. Cela pose question sur la transparence du processus décisionnel.
- Contexte de fragilité : Ces mesures interviennent alors que les officines font face à une compression des marges, une concurrence accrue des parapharmacies non réglementées, et une menace latente d’ouverture du capital.
Le Mot de la Rédaction : Vigilance Maximale
Confrères, cette semaine concentre plusieurs signaux qui méritent notre attention collective. Le gouvernement durcit le contrôle — c’est bien. Mais il le fait sans dialogue apparent avec la profession. Le Conseil de la concurrence critique le modèle officinal — c’est pertinent. Mais ses conclusions pourraient servir de cheval de Troie pour l’ouverture du capital.
Nous avons vu ce scénario se dessiner l’année dernière : d’abord, des critiques légitimes sur les inefficacités du système. Ensuite, la proposition d’une « solution » radicale : la libéralisation. Nous ne devons pas laisser cela se reproduire.
Nos demandes :
- Que l’Ordre des pharmaciens demande immédiatement l’accès aux trois décrets adoptés et organise une consultation de la profession avant leur entrée en vigueur.
- Que le gouvernement clarifie les modalités de la déclaration annuelle des importations : délais, pénalités, exemptions possibles.
- Que le Conseil de la concurrence propose des solutions de régulation des grossistes et des marges, plutôt que de remettre en cause le modèle officinal lui-même.
- Que la profession se mobilise pour défendre le monopole pharmaceutique, qui reste le meilleur garant de l’accès aux médicaments et de la qualité des services.
Le pharmacien d’officine n’est pas un simple commerçant. C’est un professionnel de santé, responsable de la dispensation sécurisée des médicaments, du conseil aux patients, et de la pharmacovigilance. Ce rôle ne peut pas être délégué à des investisseurs financiers sans risque majeur pour la santé publique.
Restez mobilisés. Restez vigilants. Votre profession en dépend.
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**Sources consultées :**
– Hespress Français — Gouvernement durcit contrôle médicaments (20/03/2026)
– Panorapost — Conseil de gouvernement adopte trois décrets sanitaires (20/03/2026)
– La Vérité — Conseil de la concurrence met à nu déséquilibres pharmacies (20/03/2026)
– H24info — Propriété intellectuelle : Maroc 1ère place Afrique (20/03/2026)
– France 24 — Méningite B : transmission et vaccins (20/03/2026)
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